Chronique littéraire :"Fifty shades of Grey", by E.L James

Publié le par Wendy&Belle

Editions Arrow Books, parût en 2011, lecture VO.

Résumé : Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête. Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

                                                                                                                                                                        

Il existe une étrange théorie, selon laquelle, pour pouvoir se permettre de juger quelque chose, il faut connaître. 

Hmm, d'accord.

Cependant, concernant Fifty Shades, après tout ce que j'avais pu entendre à son propos, et à partir de ce que j'avais eu la force de lire, je m'estimais franchement capable de pouvoir le juger justement sans m'y être plongée réellement. Je sais, je sais : Faire d'une opinion une vérité acertorique, c'est mal.

Alors, mesdames et messieurs, après des mois, voire des années, passées à répéter que je ne lirai pas ce livre, pour répondre à cette étrange théorie, je l'ai lu. Je me suis attaquée à ce monstre de médiatisation, qui attise autant d'adoration que de haine. Et...

A force de m'attaquer aux romans populaires, je vais vraiment me retrouver dans cette situation :

"Un ami ? - Un ennemi. -Oh. Lequel ?"

Mais tant pis ! Autant vous prévenir que ma chronique est loin d'être positive, et pour que vous ne puissiez vous méprendre sur sa nature, je vais clairement résumer la situation :  Comment est-ce que ce roman a pu devenir le roman le plus lu au monde ? Ce livre, en plus d'être mauvais, a un énorme souci de profondeur. De profondeur, est-ce vraiment le mot à emloyer ? Car l'auteure - je me disais qu'on ne pouvait même pas se permettre de l'appeler de cette façon, mais on dit bien "l'auteur d'un crime", alors pourquoi pas - n'a clairement pas conscience de ce qu'elle a écrit. Volontairement, il n'y a aucune profondeur, pas même chez Christian. Ce qu'il y a, en revanche, c'est un fond, ce que l'histoire nous montre sans le vouloir : une image de l'amour absolument immonde. 

Oui, c'est involontaire. Il suffit de faire une simple recherche pour tomber sur l'auteure vendre son livre comme une romance à l'eau de rose.                                                                                 ça fait peur. 

Attention, je ne parle pas ici de la moralité du BDSM, chose soit disant exploité dans ce roman. à cela, je ne vois aucun mal; après tout, chacun peut bien s'éclater comme il veut. Tant que tout le monde est consentant, où est le problème ? Mais ici, si on jette un oeil dans ce qu'il se passe entre nos deux tourteuraux quand ils sont en privé, qu'y trouvons nous ? Une relation consentante entre deux personnes voulant pimenter un peu leur vie de couple ? Une romance tragique ? Deux personnes qui veulent s'aimer mais qui ne savent pas comment ?

Un amour plus fort que tout, se battant contre vents et marrées ? 

WHATS IS IT LIKE  IN YOUR PRETTY LITTLE BRAINS ?!

Avant toute chose, je tiens à vous prévenir que je vais salement spoiler ce livre. Vous êtes toujours là ? Super. Asseyons-nous donc quelques minutes, et parlons d'amour. L'amour avec un grand A, l'amour du Banquet de Platon, l'amour sous toutes ses définitions. L'amour peut prendre plusieurs formes, se cacher là on n'irait pas le chercher, et avoir autant de défintions qu'il y a d'individus sur Terre. L'amour c'est se dépasser, se surpasser, vous diront certains; c'est le sacrifice, c'est laisser partir, vous diront d'autres. C'est quelqu'un avec qui partager le dernier cookie, c'est le partage, c'est la confiance pour d'autres encore.

Mais est-ce que pour qui que ce soit c'est frapper votre femme quand elle vous implore de ne pas le faire, en lui répondant que c'est "pour votre plaisir, pas le sien" ? Est-ce que c'est se moquer du consentement d'autrui, comme si nous étions retournés au coeur d'une époque moyen-âgeuse, où le conjoint avait droit sur le corps de l'autre ? C'est rendre cette personne si mal qu'elle en pleurera chaque soir, qu'elle en oubliera même comment rir, et sera morte de trouille à chaque fois que vous viendrez à sa rencontre ? C'est lui dire que vous aimez qui elle est tout en exigeant d'elle qu'elle change ? C'est blesser et y prendre plaisir ? ça, c'est de la violence conjuguale, pas de l'amour, et même pire :

C'est de la folie qui vire au viol.

Je pèse mes mots. Il y a tout de même un passage où Christian rejoint Ana sans la prévenir, et sans même se poser de question, commence à la toucher, et quand les choses deviennent un peu plus sérieuse, avant même qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, lui intime de se taire, de ne faire aucun bruit, parce que si elle émet un son, il la baîllonnera. "Tout acte sexuel sous contrainte, menace ou surprise, est un viol." C'est dans le code pénal, mon grand.

C'est là que ce livre est vicieux, car la sournoiserie est très subtile. Anastasia peut bien vous répéter mille fois qu'elle est consentante, de toute façon, Christian, même s'il lui répète qu'elle a le choix, ne lui en laisse aucun. De base, avant même que la demoiselle n'ait pu se plonger deux minutes dans son stupide contrat, passe son temps à lui mettre la pression, en lui répétant qu'elle a le choix hein, mais que ce serait cool, vraiment cool si elle disait oui, pour lui, mais pour elle surtout. Elle ne sait pas à côté de quoi elle passe, n'est-ce pas. Qui plus est, il ne lui laisse pas même deux jours de tranquilité pour réfléchir ou non à ce que ça implique : Tu ne veux pas signer son contrat, Ana ? Que diable, il va te donner un échantillon de ce que tu rates. Tu n'aimes pas tellement ça ? Signe le quand même. Tu veras, avec une petite signature, tout ira bien mieux. Est-il utile de préciser qu'elle ne le signe à aucun moment, car elle ne le veut pas ? 

Ce que veut Ana, c'est une relation dans laquelle elle ne serait pas obligée de se sentir mal, de se soumettre à tous ses désirs plus impétueux les uns que les autres, où elle ne serait pas obligée d'avoir peur. Ce que Christian lui promet de faire, si en retour elle essaie son monde à lui. Sauf que ça ne marche que dans un sens : Ce que veut Christian, c'est baiser - ce sont ses propres termes. Ana s'y soumet. Ce que veut Ana, c'est parler : Il lui répète que c'est inutile, et qu'il préfère mille fois la baiser - mais attention, il lui répète qu'il aime ce qui sort de sa bouche. Après tout, c'est beaucoup plus drôle de faire mal à quelqu'un qui nous met hors de nous qu'à quelqu'un qui ne nous a rien fait, non ?

Il peut vous avoir avec ses "safewords", soit ses mots d'alertes qu'elle est sensée dire si les choses dérapent... Sauf qu'il lui dit très clairement qu'il vaudrait mieux qu'elle ne les utilise pas. De toute façon, elle n'a pas signer son contrat, et elle peut bien lui dire qu'elle n'a pas tellement envie de se lancer dans certaines activités, s'il accepte quelques concessions, quand il lui répond qu'ils vont "en parler", ce qu'il veut en fait dire, c'est qu'il va la persuader de le faire. Il n'y a pas un seul passage où Ana ne se soumet pas à ses désirs alors qu'elle déteste ce qu'il lui fait, et ce n'est pas le pire.

Le pire, c'est qu'il joue tellement d'elle qu'elle est aliénée à aimer ça.

Elle le dit elle-même, il est le tireur de ficelles, the "puppet master", celui qui manipule, et ici, il la manipule jusqu'à altérer sa vision du plaisir, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'allié à celle de la douleur, à lui. Parce que c'est ce qu'il veut, voyez vous, qu'elle aime ça, comme ça, il n'y a aucun problème. Il va même jusqu'à lui interdire d'éprouver du plaisir ailleurs qu'avec lui, car c'est une chose qui doit lui revenir de droit. Et elle, ce qu'elle veut, c'est lui, sous une forme moins extrême, mais pour ça, il faut parler, mais pour parler, il faut baiser, et pour baiser, il faut se soumettre, et si elle n'aime pas ça, il ne fera rien, et s'il ne fait rien, alors elle n'aura rien. Qui plus est, comme en plus d'être un dictateur du sexe, c'est un maniaque et un harceleur, qui va la rejoindre quand elle n'en a pas envie, qui va la chercher, qui la surveille sans relâche. Comment voulez-vous qu'elle ne puisse émettre que l'ombre d'une opposition ? Ana n'est pas seulement sa "soumise" quand ils sont en privé, mais à longueur de temps. Ce n'est plus un jeu de rôle, à ce niveau là. C'est juste priver un être humain de sa dignité, quand la dignité est justement ce qui fait d'un être humain un être humain. Ici, Ana n'est plus qu'un simple objet sexuel. 

Qui plus est encore, Christian passe son temps à infantiliser Ana. Il lui dit quand -si ce n'est pas quoi - manger, quand dormir, quand sortir, quand rester; va même jusqu'à décider quel genre de contraceptif elle prendra et l'heure à laquelle elle devra l'ingérer. La nécrophilie n'est pas ton truc, Grey, selon tes termes ? Est-ce que la pédophilie est une chose qui te branche davantage ? Car tu la considères clairement comme une enfant. Tu ferais donc tout cela à un enfant ? Un enfant ne peut pas comprendre ce genre de choses que tu lui fais subir. N'est-ce pas le cas de notre chère Anastasia, qui ne cesse de le répéter tout au long du livre ? Dîtes moi si je me trompe, mais profiter de la naïveté et de l'inexpérience d'une personne, n'est ce pas immoral ? Faire passer une contrainte pour un consentement, n'est-ce pas illégal ?Dans mes cours de philo, on définissait la liberté comme le fait que "chacun puisse faire ce qu'il veut tant que ça ne nuit à personne", autrement dit tant qu'aucun mal n'est fait. Corrigez-moi si je me trompe à nouveau, mais Ana ne souligne t-elle du début à quel point il peut lui faire mal ? Si on ajoute à ça toutes les fois où il lui répète que ce type de relation ne peut marcher que s'ils se font confiance -ce qui est vrai-, à toutes les fois où Ana lui prouve qu'elle ne lui fait pas confiance, pourquoi est-ce qu'il continue ? Parce qu'il s'en moque éperdument.

ça ressemble toujours à de l'amour, sous cet angle ?

Merci docteur Watson.

Ajoutons à cela qu'ils ne sont à aucun moment sur un pied d'égalité, qu'obtenons-nous ? Christian peut faire plaisir à Ana en prenant son plaisir à lui, c'est-à-dire seulement sa vision à lui. Non seulement Ana n'a pas son mot à dire sur ce qu'elle aimerait faire, mais comme il refuse de discuter d'autre chose que de sa propre vision du sexe, pour lui faire plaisir, Ana ne peut que se soumettre - au sens littéral du terme. Elle ne peut pas prendre d'initiatives, et ce qu'il offre à Ana est minime par rapport à tout ce qu'elle accepte de faire. Oui, il lui fait des cadeaux hors de prix - mais il est milliardaire. Franchement, vous croyez qu'il est à un ordinateur ou à une voiture près ? La notion même de plaisir n'appartient qu'à Christian. Il n'est pas question de changer pour elle -ça prouve à quel point il tient à elle, non ?- En revanche, il exige d'elle qu'elle cesse d'être elle-même pour se sculpter à ses désirs.

"Ton plaisir, ce sera de me faire plaisir." 

Je m'attarde sur le fond de ce livre, car c'est là tout ce qui intéressant -enfin, intéréssant dans le sens où on se demande constamment comment ce livre peut avoir autant de succès. Le style littéraire est inexistant - certes, c'est facile à lire, mais en même temps, il ne manquerait vraiment plus que l'auteure essaie d'imiter Victor Hugo - et c'est dommage, si l'auteure avait réfléchi deux secondes à ce qu'elle était en train d'écrire ses quelques petites références à la littérature, la linguistique ou même les titres des e-mails auraient été sympatiques. Autrement, les répétitions sont omni-présentes, Anastasia décline "holy crap" sous toutes ses formes, "holy cow", "bloody crap" "bloody hell", "my my." Comment peut-on encore douter du fait qu'elle meurt de trouille ? On a également droit à un rappel toutes les cinq pages qu'elle a pour habitude de se mordre la lèvre, et que cela rend Christian complétement fou. La plupart des passages sont aussi creux et insipides que ses personnages, et la raison pour laquelle l'auteure a appelé son livre "Cinquante nuances de Grey" est incompréhensible car dénuée de sens, - l'ayant lu en VO, il n'y a aucun souci de traduction possible. - Les personnages sont tous plats, y compris Anastasia, qui est tout de même le personnage principal - elle ne prend aucune décision, aucune intiative, ne fait rien à part hésiter tout au long du livre, a un passé basique à peine explorer; quant à Christian, vous pouvez lui inventer le passé le plus torturé que vous voulez, rien n'excuse ce qu'il fait subir à Anastasia, et essayer de justifier ses actions pour y donner un aspect romantique au sens littéraire du terme, c'est à dire un être torturé ayant un idéal qu'il ne peut pas atteindre, malgré tous ses efforts, est un blasphème pour toutes les vraies oeuvres romantiques. Pour être honnête, pas une seule fois Christian ne m'a ressentir autre chose que de l'indignation par rapport à ce qu'il pouvait exiger, et de la pitié par rapport à sa personne. Il est tout bonnement plus pathétique qu'autre chose, et n'a vraiment rien de sexy, contrairement à tout ce qu'on peut entendre.Toute cette histoire ne suit en plus que le schéma de l'histoire de Twilight, qui est déjà loin d'être très profonde à la base, de sorte que les actions s'enchaînent sans réelles raisons, juste pour suivre la trame du roman dont elles sont inspirées - Doit-on rappeler l'intense scène où Christian sauve Ana de la menace mortelle que représente un vélo ? - Twilight, au moins, se vendait comme une romance entre deux ados et n'allait pas plus loin que ça. Ici, c'est faire passer pour profond, émouvant, réfléchi, approfondi quelque chose qui n'a sans doute même pas été relu. On ne sait même pas ce qu'il a pu se passer dans la vie d'Ana avant qu'elle ne rencontre Christian, c'est à dire dans la première dizaine de pages, sa vie ne tourne donc ensuite que par rapport à lui. On ne compatis même pas avec elle par rapport à son personnage, mais par rapport à elle en tant que femme, en tant qu'être humain si on se projette en elle : Comment peut-on avoir envie d'être à sa place, comment peut-on qualifier la relation qu'elle entretient avec le bonhomme d'amour ? C'est insultant pour toutes les personnes réellement victimes de violence. Oui, on peut tous faire des erreurs - une fois, c'est une erreur. à répétition, ça ne l'est plus. Quand bien même, il existe bien une différence entre ce qu'est une erreur et ce qu'est un crime ! Qui plus est, l'auteur de ce crime est bien conscient de ce qu'il fait, puisqu'il doit leur faire signer un contrat avant de passer à l'acte ! 

Surtout qu'il faut voir comment cet amour est manifesté : On peut pardonner Anastasia, qui est tellement sous pression qu'elle ne sait plus penser la tête froide, mais pour le reste ? Le fait que Christian y va tellement fort sur toutes ses actions justifie le fait que, quand il se radoucit un petit peu, cela passe pour une énorme différence aux yeux d'Ana, de son entourage, mais surtout aux yeux du lecteur. Quelle fourberie... Cependant, pour chaque fois qu'il se radoucit un petit peu, il finit toujours par y avoir un prix à payer. Et puis, il faut bien qu'il soit sympa de temps en temps. Sans ça, Ana finirait bien trop tôt par y voir clair. Il faut bien troubler les pistes pour qu'elle continue à stagner entre deux eaux. Il y a aussi le fait que l'auteure se sert de la meilleure amie et de la mère d'Ana pour faire passer le message qu'il l'aime. Comment peuvent-elles le savoir ? D'un oeil extérieur, ça peut éventuellement passer - mais Ana ne leur parle pas de ce qu'il se passe réellement entre eux. Comment peuvent-elles donc juger, et comment peuvent-elles nous convaincre ? Comment accroder une quelconque valeur à leurs paroles ? Vous croyez vraiment qu'elles tiendraient le même discours si elles étaient mises au courant ? Ana est -ou pense être- amoureuse de Christian. Il n'y a de prime abords aucune raison à cela, elle n'est qu'aveuglée par tout ce qu'il lui arrive en même temps, et puis honnêtement, je pense qu'elle est obligée de trouver de l'amour la dedans, autrement, elle serait juste dans une situation pire que catastrophique. Sans cette idée, elle n'aurait rien à quoi se raccrocher. Quand elle finit par l'avouer à Christian, ce dernier lui dit qu'il ne faut pas qu'elle aime, parce qu'il n'est pas un homme pour elle. S'il n'est pas un homme pour elle, pourquoi avoir profiter de sa naïveté et de son inexpérience pour en faire d'elle sa soumise en ayant conscience que ce n'était pas ce qu'elle voulait ? Pourquoi l'avoir présenté à tout le monde comme sa petite amie, pourquoi lui avoir promis qu'il essayerait de lui donner plus pour correspondre à ce qu'elle, elle attend ? Pourquoi lui dire de ne pas l'aimer quand celui-ci lui envoie tous les mauvais signaux ?

La fin du roman, si on la prend en tant que telle, aurait été parfaite : Ana s'en va, Ana dit stop, - après avoir demandé une chose si stupide qu'elle a dû faire baisser le QI de l'Etat tout entier - Ana se rend compte que Christian n'est pas un homme blessé, juste un taré. Cependant, c'était sans compter sur deux choses : De base, elle dit que c'est de sa faute, et ensuite, on sait qu'il y a une suite, et on sait comment cette suite se termine - en tout cas, moi je le sais. Et c'est laid. Le message de la trilogie est clair : Il peut te frapper et t'aimer en même temps, il ne sait peut être juste pas t'aimer autrement, mais s'il t'aime vraiment et que tu te donnes un peu de patience, il changera. Ou tu finiras par aimer ça.

Ce livre ne brise pas tous les tabous. C'est faux.

Mais c'est en effet certainement plus vendeur.

Il fait même tout l'opposé, au lieu d'offrir une nouvelle perspective sur le BDSM, il conforte dans l'idée que c'est malsain, et qu'il faut être un grand malade pour y trouver du plaisir. En revanche, ce qu'il fait très bien, c'est sublimer les violences conjuguales, et banaliser le viol, aussi. Parce que le viol, ça n'arrive pas simplement entre deux inconnus, devons nous le rappeler ? Ce n'est pas parce que deux personnes sont "en couple" que ça n'arrive pas. Est-ce que l'abolition de la loi sur le droit du corps du conjoint est arrivée jusqu'aux oreilles de l'auteure ? Je n'ose même pas penser à ce que cette histoire aurait donné comme polémique si elle avait été écrite par un homme. 

D'autant plus que, non seulement le sujet ici traité est grave et exprimé de façon à parfaitement illustrer ce qu'on appelle la culture du viol, mais à cause d'une trop bonne médiatisation - c'est vrai, on le vend partout comme une romance érotique - l'érotisme joue sur la beauté du sexe, sa mis en valeur de façon esthétique, c'est bien loin d'être le cas ici- touche un public toujours plus grand, et en répend un bien mauvais message, surtout à une partie bien spéciale. Après tout, chacun est libre de lire ce que bon lui semble, en penser ce qu'il veut. Le souci, c'est qu'il fait tellement parler de lui que des jeunes filles âgées de moins de 16 ans lisent ça en pensant y trouver un modèle d'amour. Quelle est l'image de l'amour renvoyée ici ? Quelle vision du sexe nous est donné ? Que fait on pour ces jeunes là qui n'ont pas le recul nécéssaire pour se rendre compte de la gravité des choses ? L'amour est-ce dire oui à tout, l'amour est-il forcément lié à la douleur, le sexe "vanille" est-il forcément ennuyeux ?  Voyez comment est présenté la chose : Tu es vierge ? Je vais rémedier à ça. Quel message est-ce que c'est sensé représenter, que c'est une tare ? Sans compter le fait que l'auteure veut nous faire croire que l'orgasme est une chose totalement banale, si banale qu'il n'existe aucune partie de jambes en l'air qui puisse être décevante, pas même la première.

Quand je dis que les médias nous pissent dessus et nous font coire que c'est de la pluie.

En résumé, donc ce que nous dit ce livre, c'est que : L'amour, c'est dire oui à tout. Les vélos sont la véritable menace de notre société.  Si tu es un petit peu émêché et que tu as le choix entre le collègue devenant un peu trop entreprenant et l'inconnu qui t'a traqué, ne rejoins surtout pas ta meilleure amie qui se trouve deux mètres derrière toi.

Ce livre est a brûlé, a jeter, a enterrer très loin, et ne mérite absolument pas sa place au rayon "littérature."

Wow, ceci était une chronique très dure. J'espère évidemment n'avoir offensé personne. Elle a été éprouvante à écrire. Tant de choses à dire sur une chose qui n'aurait tout simplement jamais dû voir l'intérieur d'une imprimerie...  Je crois que vais sur ce aller me plonger dans un livre que je juge comme une valeur sûre, histoire de me remettre de ces deux dernières lectures que je viens d'enchaîner. Toutefois, avant ça...

                C'est de cette façon qu'on prononce la phrase "laters" avec classe, dear Mr. Grey. Ce que tu ignores, vu que de classe, tu n'as aucune.

Puissez-vous passer d'agréables lectures, love always.  

He is the puppet master.

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charmant-petit-monstre 01/02/2016 21:47

Ah ton billet ! Mama !! Je regrette presque d'avoir autant de retard ! Après After qui m'avait bien fait rire et dont je partageais entièrement ton avis, là coup double je ne peux que plussoier ! Tu as parfaitement analyser l'outrageuse "relation" "amoureuse" de ce bouquin. Je suis complètement atterrée devant un livre pareil. Le pire, c'est quand j'ai su qu'une de mes meilleures amies, qui est loin d'être la dernière des cruches et qui a un sacré caractère (surtout avec son mec) a adoré non seulement le livre (j'évite d'appeler cette horreur "roman") mais surtout Christian que je suis restée estomaquée.
Je déteste particulièrement l'auteure qui, avec l'adaptation cinématographique, se prend pour un grand écrivain et qui croit que si on n'aime pas son bouquin c'est parce qu'on a pas compris la grande histoire d'amour qu'elle a écrite. Mais meuf, retourne dans ta campagne !

Emma 24/07/2015 23:19

Tu viens de parfaitement résumer ma pensée. Je ne vois même pas l'intérêt d'écrire un commentaire de 20 000 lignes, je suis d'accord avec tout ce que tu as écrit à 200%. Je crois quand même que ce qui m'a le plus dérangé dans le livre, c'est le contrat lui même. Enfin, tout est choquant dans ce livre, mais comme tu le dis, c'est assez "subtilement" fait. Mais le contrat est parfaitement explicite lui. Le Dominant accepte la Soumise comme sa propriété, qu'il peut contrôler, dominer et discipliner pendant la durée du contrat.", "Le Dominant peut user du corps de la Soumise à tout moment durant les périodes allouées ou d'autres périodes convenues entre les parties, de quelque façon qu'il juge opportune, sexuellement ou autrement.", "Le Dominant pourra discipliner la Soumise lorsque nécessaire pour s'assurer que la Soumise prenne la pleine mesure de sa servitude envers le Dominant et pour décourager des comportements inacceptables. Le Dominant peut flageller, fesser, fouetter ou administrer des punitions corporelles à la Soumise comme il l'entend, à des fins disciplinaires, pour son propre plaisir, ou TOUTE RAISON QU'IL N'EST PAS CONTRAINT DE FOURNIR.". J'avais lu des extraits du contrat avant le livre et ça m'avait choqué, parce que je savais que ça n'avait rien à voir avec du vrai BDSM et je ne comprend pas qu'on ne puisse pas remarquer l'horrible relation que c'est, surtout après la lecture du contrat. Et aussi, j'ai trouvé ça absolument choquant qu'il fasse boire Ana pendant qu'il discute de contrat et je suis choquée que personne ne trouve ça anormal. Je suis choquée que les gens trouvent cette histoire romantique.
PS: aucun rapport mais visible, tu es fan de Sherlock ^^

Tiffany 24/07/2015 23:30

Ton commentaire me fait vraiment plaisir ! ça me ravie de rencontrer des gens sensés.^^
ça me tue d'entendre que cette histoire est romantique et que si on ne l'aime pas, c'est qu'on "manque d'expérience." ça me sidère, tant d'absurdité ! Et ça me remplit de rage de constater le pognon que cette pseudo écrivaine se soit fait autant de pognon sur un ouvrage comme ça. Blâmons celui que lui aura appris à se servir d'un stylo !

Oh oui. Est-il possible de ne pas l'être sitôt que l'on connaît ? ^^

Lisa 11/06/2015 16:07

OMG ta chronique est magique !! J'ai tellement détestée lire cette littérature médiocre (qu'on ne peut même pas qualifier de littérature en fait) !! J'approuve à 200 % ta chronique :)

Tiffany 11/06/2015 16:43

Haha merci beaucoup ^^
Je suis ravie qu'on se comprenne alors :P

Liphéo 03/04/2015 21:00

XDDDD Comment te dire que j'ai riiiiis <3
Tes gifs de Sherlock sont juste énormes !! :D Tu les trouves où dis-moi ? :3

Tiffany 04/04/2015 12:50

Hahaha tant mieux xDD
Sherlock ♥ Honnêtement, je tape "funny Sherlock tumblr" dans Google images :33

Marie LectureRousse 28/03/2015 14:43

Très belle chronique, je pense lire ce livre un jour sachant qu'il est depuis des lustres dans ma PAL ^^

Tiffany 28/03/2015 20:48

Haha, j'espère que tu rigoleras bien en le lisant x)